Selon trait blanc : L’évolution comble doucement son retard sur l’équité

Un article soumis, construit, illustré entièrement par un de nos lecteurs les plus assidus, intégré tel que dans notre blog. Hop !

On a quelques échos de l’exubérance des modes de reproduction dans le règne animal, mais alors là… c’est un modèle établi qui s’effondre !

Lequel ?

Rien de moins que celui qui stipule que le pénis est un attribut masculin et le vagin un organe féminin !

Un article scientifique d’avril 2014, paru dans la revue Current Biology et relayé par le Huffington Post, nous relate la découverte de cinq chercheurs concernant la Néotrogla, un insecte proche de la drosophile, vivant dans des grottes du Brésil.

Une particularité remarquable chez cet insecte réside dans la morphologie des organes sexuels : le mâle est doté d’un orifice reproducteur équivalent à un vagin (c’est plutôt une chambre génitale) et ce sont les femelles qui sont équipées d’une sorte de pénis qui pénètre dans le corps du mâle afin d’y prélever le sperme.

Lorsque l’heure des amours est venue, Madame introduit dans le mâle son organe, le gynosome, qui se plie et même se gonfle, solidarisant les deux partenaires ! Un ensemble d’épines est alors libéré, empêchant le mâle de pouvoir s’échapper.

La force d’ancrage de la femelle est ainsi très forte : la moindre résistance du mâle peut lui causer des dommages à ses organes génitaux, ce qui n’est pas sans risque pour lui. Dans les essais réalisés, le fait de séparer les deux tourtereaux n’a pu conduire qu’à découper le mâle au niveau abdomen-thorax, sans parvenir à séparer les organes sexuels. Cela a montré que la femelle peut fermement retenir son partenaire : s’ils venaient à être séparés pendant l’acte, l’abdomen du mâle serait arraché.

Ce qui explique que tout le processus d’accouplement soit contrôlé activement par les femelles, alors que les mâles sont contraints à la passivité.

L’accouplement qui commence alors seulement entraîne un véritable marathon sexuel pour ce couple brésilien inversé : le « coït » dure de 40 à 70 heures [!], la durée et les épines qui viennent renforcer l’adhésion du mâle le rendant souvent peu enclin à la chose.

Et ce n’est pas tout !

Les Neotrogla évoluent dans un environnement pauvre en nutriments. Les sources principales de nourriture étant rares, les femelles ont un besoin alimentaire constant pour soutenir leur reproduction et elles obtiennent ce complément alimentaire par le biais des « cadeaux séminaux » prélevés sur les mâles. Les « prélèvements » sont en effet particulièrement riches, ils regorgent de nutriments qui profiteront à la future mère. Le sperme est ainsi bien plus précieux. De fait, les chercheurs ont observé des femelles trop jeunes pour se reproduire et ayant néanmoins avidement accepté la « capsule de sperme ».

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Ce scénario de l’évolution (celui qui donne excite les convoitises et déclenche en retour des stratégies pour mieux en profiter) a le plus souvent conféré aux femelles le statut de donneur et aux mâles celui de convoiteur, sauf chez Neotroglia. Les « dons », bénéfiques pour les femelles et coûteux en énergie pour les mâles, aurait conduit à l’inversion des organes reproducteurs chez cet insecte.

Quand on parle de sélection sexuelle, nous pensons généralement que les membres d’un même sexe sont pointilleux sur le choix de leur partenaire, car beaucoup d’énergie ou de ressources sont impliquées dans la reproduction. De ce point de vue, les spermatozoïdes ne sont pas chers, mais les œufs sont coûteux, sans parler de l’énergie associée aux soins parentaux. Dans ce contexte, posséder un pénis est plutôt utile, car c’est ce qui permet à la femelle de recueillir les ressources nutritionnelles du mâle. Ceci expliquerait aussi l’ensemble d’épines libérées par ce pénis féminin qui seraient utilisées pour fermement retenir le partenaire, l’empêchant de s’échapper le temps d’assouvir un transfert de gamètes et de « provisions » à satiété. C’est une importante capacité pour ces insectes qui doivent maintenir le coït pendant deux ou trois jours.

Élargissons un peu le sujet, et voyons ce qu’il en est de la confusion des sexes chez d’autres espèces. Chez les hyènes tachetées femelles, on observe des pseudo-pénis qui résultent de l’hypertrophie du clitoris, une croissance dépendante des hormones. L’organe, érectile, ressemble à s’y méprendre au pénis mâle, car il est quasiment aussi long et a le même diamètre. Plus encore, à la base de ce pseudo-pénis, la femelle est pourvue de deux protubérances riches en graisses et en tissus conjonctifs qui, ensemble, constituent une sorte de pseudo-scrotum. En apparence, il se distingue du scrotum mâle par une pilosité plus développée.

Conclusion des chercheurs : aucun ordre naturel préétabli n’existe ! Tout est diversité.

 

2 Commentaires

  1. Ok !
    Je reste OPEN alors à toute intrusion intime féminine. ^_^

  2. Francis de Joa

    Article bien écrit, pédagogique et… amusant, merci.

    Chère Marie-Séverine, je vous ai envoyé en MP il y a quelques semaines un témoignage intitulé « la vraie histoire d’un mari soumis », aux fins de publication éventuelle dans cette rubrique. N’ayant pas eu de réaction de votre part, j’ai pensé que le message s’était peut-être perdu. Puis-je vous le renvoyer ?
    Bien à Vous, Francis de Joa

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